Vous ferez un voyage vraiment hors du temps dans cette Hostellerie nichée au coeur du petit village varois de La Celle, à 3 km de Brignols. Avec sa place ombragée, son vieux lavoir, sa fontaine… et son abbaye romane bénédictine du XIIe siècle mitoyenne, vive la Provence de rêve. Mais attention, cette magnifique retraite dorée où l’on aurait bien envie de passer un mois pour écrire et lire mérite d’être racontée. Car ce vallon perdu au pied du massif de La Loube ne connut sa notoriété qu’à l’arrivée de Garcende de Sabran, reine de Provence pour y prendre le voile. Adieu les troubadours, la cour qui célébraient sa beauté ensorcelante. En devenant l’abbesse des lieux, elle attira des jeunes filles d’illustres familles de la région qui se fi rent construire des pavillons raffi nés dans le parc de l’abbaye pour recevoir leurs “amis de coeur”. Les cellules furent vite transformées en boudoirs et le libertinage des jeunes religieuses fut même connu jusqu’à Versailles ! Le cardinal Mazarin lui-même prononça la fermeture de l’abbaye en 1660. Défendues par le village, “les 24 nonnes” refusèrent de quitter les lieux. Mais faute d’argent, le monastère tomba en désuétude. Il fut pourtant classé Monument Historique en 1886. Un lieu chargé d’histoire et d’histoires, qui mourrait à petit feu lorsque Sylvia Fournier (propriétaire à l’époque de l’Ile de Porquerolles) le racheta en 1938. Cette femme assez extravagante dont le mari avait acheté l’Ile de Porquerolles “à la bougie” décida de sauver le site. En quelques mois, elle rénova l’ancienne maison du prieuré, une bâtisse du XVIII donnant sur le parc centenaire, d’une pureté exceptionnelle. L’Hostellerie était née avec quelques chambres luxueuses à l’époque. Parmi les clients célèbres, le Général de Gaulle y séjourna à trois reprises, vantant son “apaisante sérénité” et sa caution avait même une résonnance autour du monde. Malheureusement, après le décès de Sylvia Fournier en 1971, les jeunes héritiers y jouèrent la partition “peace and love” au bord de la piscine ! L’extraordinaire luminosité des lieux avait cédé la place au noir désir d’une fi n d’époque. La résurrection ne va apparaître qu’en 1990 grâce au rachat de l’ensemble de la propriété par le Conseil Général du Var qui va lancer de gros travaux de restauration de la partie médiévale.
Alain Ducasse est arrivé
Peu de temps après, Alain Ducasse est arrivé… comme Zorro pour reprendre la gestion de l’Hostellerie. Un grand défi pour le patron de Châteaux & Hôtels Collection qui en a certainement fait une histoire de coeur et de préservation du patrimoine. Quelques longs mois de travaux avec les meilleurs artisans du pays et l’architecte Robert Michel pour redonner tout son lustre à cette demeure du XVIIIe. En parallèle, Francesco Flavigny, le paysagiste choisi par les Monuments Historiques a fait revivre le superbe parc de trois hectares, en préservant les essences bicentenaires. Aujourd’hui, vous y retrouvez les sculptures en acier et les totems en bois de Nathalie Decoster. Alors, qu’allez vous découvrir dans ce temple où souffl e inconsciemment les bienfaits du feng shui à l’occidentale ? Uniquement 5 superbes chambres et 5 suites et appartements qui ont été récemment relookés par la décoratrice Tonia Peyrot, pour retrouver une atmosphère féminine et raffi née. On retrouve bien sûr les noms des célèbres nonnes gravés sur des plaques de cuivre et la suite Garcende
de Sabran (au 1er étage), sous les tons parme et brun de son mobilier en noyer, a conservé son imposante cheminée mais tout le confort dernier cri (climatisation, accès Wi-Fi, coffre fort, mini bar, TV…). Comme les autres chambres notamment celles du 2ème étage, mansardées. C’est au “Béguinage”, l’annexe de la maison principale que vous retrouverez le lit du Général de Gaulle dans la junior suite Angélique de Champigny avec jardin privatif. Un 4 étoiles où souffl e l’esprit de discrétion sous les faïences de Salernes tout à côté. Côté restauration, le chef Benoît Witz, ancien lieutenant d’Alain Ducasse au Louis XV à Monaco, connaît ses partitions de vraie cuisine par coeur. Passionné de légumes, il va les cueillir dans le potager de l’Abbaye arrosé par l’eau de source et vous goûterez à table des tomates coeur de boeuf, des noires de Crimée, des roses de Berne, des aubergines blanches, roses, violettes, des blettes, oranges… qui ont du goût. Une cuisine au gré de la saison avec le homard en été, les truff es et les cèpes à l’automne… les desserts de Laurent Trocmé : tartelette aux agrumes, sorbet pamplemousse… (Menus 45€ et 85€). Quel bonheur de déjeuner en plein été sur la terrasse face au parc, avant d’aller se détendre au bord de la piscine. Le vrai bonheur, il est certainement là dans ce coin de France assez méconnu. Notamment en été, durant le festival de musique classique dans l’abbaye romane.
• Hostellerie de l’Abbaye de La Celle
10 place du Général de Gaulle
83170 La Celle en Provence
Tél. 04 98 05 14 14
www.chateauxhotels.com/abbayecelle
Ch. de 250€ à 300€ Suites de 340€ à 450 €
2011-08-02 19:46:01





