Par Emmanuelle Jary
Sortons des sentiers battus : la place San Marco et le pont du Rialto. Pour cela, il faut emprunter les ruelles vides quand les grandes artères sont tellement bondées qu’on ne peut plus avancer. Là, résident de petites trattorias, de minuscules bars où l’on mange d’excellents tramezzini (petits sandwichs de pain de mie) et cicchetti (tapas vénitiennes). C’est quitte ou double. À Venise, vous mangerez le meilleur comme le pire. Il ne faut surtout pas être mouton sinon on passe à côté de cette ville dans laquelle il convient d’ailleurs de s’attarder. Vous pourrez y passer un long week-end mais une semaine entière n’est pas de trop pour découvrir celle qui a fait couler tant d’encre : Goethe, Sand, Proust, Byron, Mann ou Debray, qui la déteste ; il est Contre Venise et pour Naples. Quoiqu’il en soit, elle ne laisse pas indifférent. Car Venises comme l’écrit Paul Morand est plurielle.
Pour le comprendre, il faut sauter dans un vaporetto et voir ce qui se passe au large. Les plages et leurs dunes de sable à Alberoni ; les courses de gondoles et d’aviron au large de l’île de la Certosa ; la pêche à pied à la recherche de vongole sur les barene, ces bancs de sable qui se couvrent d’eau puis se découvrent au gré des marées… Venise n’existerait pas sans sa lagune et la lagune n’existerait plus sans Venise. Depuis cinq cents ans, la cité des Doges est une danseuse sur son fil en perpétuelle recherche d’équilibre. L’enjeu : l’eau. C’est à la fois l’ange et le démon. Celle par qui l’émerveillement et l’anéantissement arrivent. Venise est belle parce que ses palais aux piedshumides se reflètent dans les eaux des canaux. Elle trône souveraine au milieu de l’une des plus grandes lagunes du monde entourée d’îles bucoliques. L’eau donne ses rides à la ville. Elle grignote le bas des portes en bois, atténue les couleurs des façades des palais en diluant avec art leur belle teinte. Ce sont les couleurs et les formes du temps qui passe.
L’eau magnifique patine mais l’eau terrible ronge. Certains hommes déplacent par amour des montagnes, les Vénitiens ont, depuis le 15ème siècle, détourné pas moins de cinq euves pour leur ville afin d’éviter le comblement de la lagune par l’apport d’alluvions uviaux. Qu’est-ce qu’une lagune sinon une portion d’eau coincée entre la terre et la mer, délimitée par des cordons littoraux et abreuvée d’eau salée d’uncôté et d’eau douce de l’autre ? Le destin de la lagune de Venise est différent : un écrin liquide pour cette ville, joyau architectural et artistique.
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2011-08-30 23:27:44






