Cuba au volant d’une vieille américaine.

Cuba Antoine
En 2017, pour le tournage d'un reportage intitulé Cuba est une fête, Antoine prend la pose devant une mythique Mercury Monterey de 1958

Éternel voyageur, Antoine porte sur Cuba un regard inédit qui profite d’une longue expérience puisque le chanteur posa pour la première fois les pieds sur l’île, dix ans après la révolution. Quarante ans plus tard, c’est à bord d’une mythique Mercury Monterey de 1958 qu’il a choisi de partir à la redécouverte de ce pays terriblement singulier et… attachant.

La Havane

De la côte nord de Cuba, Christophe Colomb disait n’avoir jamais vu dans ses voyages une terre aussi belle. Aujourd’hui, l’île sort lentement de “l’ailleurs absolu” où l’avait jetée la révolution castriste. Les auteurs du mythique Matin des magiciens, Louis Pauwels et Jacques Bergier, appelaient ainsi la sorte d’univers parallèle dans lequel le national-socialisme avait tenu l’Allemagne jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. On découvrira certainement un jour à Cuba des traces de répression terrible mais la résilience, l’éternelle bonne volonté et la bonne humeur du peuple cubain confirmeront, selon le mot d’un ami qui envisageait d’ouvrir le restaurant dans l’île, que “lé commounismé trropical, ce n’est pas la même chose qu’en OuRSS.”

La place de la Révolution à La Havane © iles@me.com

Ma première visite à Cuba, Je l’ai faite dix ans à peine après la révolution. Le régime, exsangue, tentait de faire revenir quelques touristes dans les grands hôtels nationalisés, au service désastreux. J’étais parti en reportage pour le magazine Salut les copains et j’ai tout de suite eu le coup de foudre pour cette île au destin si particulier. Dans les cinquante années qui ont suivi, j’ai fait au total sept voyages à Cuba, à bord de mes voiliers successifs Voyage et Banana split, en avion pour le tournage d’un documentaire sur les Grandes Antilles, voire même pour la réalisation de plusieurs spots publicitaires pour la coopérative d’opticiens Atol. Et en 2017, pour le tournage d’un reportage intitulé, à juste titre “Cuba est une fête”, c’est à bord d’une de ces authentiques voitures américaines des années cinquante qui font aujourd’hui partie du patrimoine cubain, que nous avons traversé d’est en ouest toute l’île, effleurant sept des plus belles régions de la grande île de Cuba. Pour entretenir ces incroyables véhicules de collection, les Cubains ont recours au système D, faisant venir de Chine ou fabriquant eux-mêmes des pièces de rechange introuvables aujourd’hui aux USA. Bien que le blocus imposé par les Américains soit toujours en place, quelques voitures modernes ont pu récemment être importées dans l’île ; on peut en louer une et se déplacer par ses propres moyens, mais l’absence d’une signalisation adéquate, la rareté des stations-service, la complexité et l’état du réseau routier nous ont fait préférer cette voiture légendaire, amenée de La Havane par un chauffeur qui nous a aussi servi de guide tout au long du voyage.

Cinquante ans de solitude

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Une maison rénovée sur la place centrale de Baracoa © iles@me.com

À ce moyen de transport atypique, nous avons associé le mode d’hébergement qui, depuis dix ans, transforme profondément Cuba. Depuis la Révolution, l’hôtellerie étant nationalisée, les particuliers n’avaient pas le droit d’accueillir de touristes ; depuis 2011, Raúl Castro a autorisé la création de restaurants privés – les paladares – et surtout des casas particulares, des dizaines de milliers de chambres chez l’habitant, signalées par un panneau discret ; d’un confort simple, souvent très kitsch, elles constituent la façon la plus pittoresque  de visiter l’île ; ce sont les citoyens eux-mêmes, pas le régime, qui bénéficient de ces revenus, et le contact avec la population cubaine en devient d’autant plus chaleureux. Dans une certaine mesure, ce mode de voyage permet à Cuba de sortir lentement mais sûrement des quelque cinquante ans de solitude dont elle a tant souffert, isolée du reste du monde par les choix politiques de Castro et par le blocus sans relâche imposé par les Américains.

Baracoa, où débarqua Colomb

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Vue sur la baie de Baracoa© iles@me.com

Peu de temps avant notre arrivée à Baracoa, le cyclone Matthew, après avoir ravagé Haïti, avait causé de graves dommages sur cette région de l’Est cubain, brûlant la végétation, dépouillant les somptueux palmiers qui sont l’arbre national de Cuba ; mais déjà la nature, exubérante dans cette partie très arrosée de l’île, reprenait le dessus. Dans la petite ville paisible, devant la cathédrale qui abrite une des croix de bois plantées par Colomb (qui débarqua ici en 1492), se dresse la statue de l’Indien Hatuey qui se révolta contre les conquistadores, et périt brûlé. Vingt ans après le débarquement de Colomb, les Espagnols avaient massacré les quatre cinquièmes de la population de l’île.

Jadis coupée du reste de Cuba par une chaîne de montagnes, Baracoa est reliée depuis les années cinquante au reste de l’île par une route vertigineuse, la “route du ciel” ; nous l’avons prise à bord de notre superbe Mercury Monterey 1958, traversant des montagnes à la végétation luxuriante et débouchant soudain en plein soleil sur les bords de la mer des Caraïbes.

Santiago de Cuba : à la gloire du “son”

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Santiago de Cuba – Vue sur les montagnes de la Sierra Maestra

Pirates et flibustiers jadis, se heurtaient, à l’entrée de la baie de Santiago, à l’imposante forteresse du Morro. Aujourd’hui, petits voiliers et navires de croisière franchissent l’étroit chenal avant de jeter l’ancre devant l’extraordinaire ville de Santiago de Cuba. Au pied de la cathédrale et dans toutes les ruelles environnantes, la musique est reine et la vieille ville toute entière une fête : “son”, salsa, merengue, des dizaines de lieux proposent de la musique live, et sur la place, devant l’hôtel où Graham Greene situa des scènes de son roman Notre agent à La Havane, on peut même applaudir un orchestre symphonique. À Santiago comme dans la plupart des villes cubaines, la Casa de La Trova est l’endroit où l’ambiance musicale est la plus chaleureuse. Un concours de chorales se tient à dans la ville chaque année, et si vous ne craignez pas la chaleur de l’été, le carnaval ici est véritablement brûlant.

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Dans la vieille ville à Santiago de Cuba © iles@me.com

Passant la place de la Révolution, à l’architecture… révolutionnaire, nous avons fait route vers l’ouest ; à bord, pas de ceintures de sécurité, elles n’existaient pas en 1958… Il est vrai que la conduite ici est relativement sûre, car, hors des villes, les routes – et les rares tronçons d’autoroute, datant pour la plupart d’avant le castrisme – sont pratiquement déserts, on y trouve même des vélos, des piétons et des voitures à cheval, encore très utilisées dans les campagnes et les villes cubaines. À une vingtaine de kilomètres de Santiago, c’est à la Virgen del Cobre – la Vierge du Cuivre – dans une cathédrale dont la construction fut jadis rendue possible par l’exploitation de mines de cuivre, qu’Hemingway dédia le prix Nobel qu’il venait de recevoir pour Le vieil homme et la mer. C’est le lieu de pèlerinage le plus sacré des Cubains, qui déposent au pied de la Vierge de curieuses raquettes de fleurs jaunes ; la Virgen del Cobre est la sainte patronne de Cuba.

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Façade de la Casa. Constitutorial et du Fond cubant de bienes culturales © iles@me.com

Holguín, Camagüey
et la côte nord de Cuba

Holguín et Camagüey, deux villes de la partie centrale de l’île, sont des portes d’entrée vers les nombreuses plages et îles qui bordent la côte nord de Cuba. Ici encore, on retrouve la trace d’Hemingway, qui vécut à Cuba près de trente ans. Dans l’archipel Romano, il pêchait marlins et tarpons, et durant la Seconde Guerre mondiale, il sillonna ce dédale d’îlots et de chenaux étroits, à la recherche de sous-marins allemands.

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Camagüey : Plaza de los Trabajadores et l’arbre de la Liberté © iles@me.com

À Camagüey, où de nombreuses églises se dressent au cœur d’un vrai labyrinthe de rues étroites, on peut sur la Plaza del Carmen s’insérer un instant dans une œuvre d’art, en s’asseyant parmi des personnages cubains grandeur nature sculptés par Martha Jiménez Pérez. À la révolution, Castro avait voulu faire disparaître de Cuba les religions, mais il n’y est pas parvenu, et la religion catholique reste bien vivante, souvent complétée de croyances animistes voisines du candomblé brésilien, la Santeria. Camagüey reste la capitale du catholicisme à Cuba, les églises sont nombreuses et la ville a reçu deux fois la visite du Pape.

Trinidad et Sancti Spíritus : une fortune en canne à sucre

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Trinidad

Trinidad est l’une des destinations touristiques les plus connues à Cuba, mais sur notre route, une ville moins célèbre a donné lieu à l’un de nos plus vifs coups de cœur : Sancti Spíritus, avec les belles maisons rénovées qui entourent son square, témoignant de l’époque où la culture de la canne à sucre fit la fortune de la région. Nous avons apprécié, surtout, les rives du fleuve Yayabo traversé par un pont qui ne déparerait pas dans les campagnes italiennes ou anglaises. Un petit musée y expose les “guayaberas”, chemises brodées traditionnelles de Cuba, portées par les plus grands, de García Márquez à la fondatrice du Ballet Nacional Cubain, Alicia Alonso, et même celles de Fidel Castro et de son frère Raúl.

Trinidad elle aussi est une fête permanente, avec ses églises, ses musées, ses artistes de rue, ses innombrables bars et restaurants et, dominant la magnifique Plaza Mayor, au sommet d’un escalier qui rappelle un peu celui de la Piazza di Spagna à Rome, la Casa de la Musica où l’on danse sur la musique d’excellents groupes.

Cienfuegos : colons français, baie des Cochons et Indiens Tainos

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L’architecture caractéristique de Cienfuegos… © iles@me.com

Puis notre Mercury Monterey a longé le rivage de la mer des Caraïbes jusqu’à Cienfuegos, ville fondée en partie par des colons français, d’où une architecture particulière qui fait un peu penser à la Côte d’Azur. Au pied d’un superbe Yacht Club tarabiscoté, s’étend aujourd’hui une des marinas les plus actives de l’île. D’ici, lors d’un autre voyage, je suis parti sur mon voilier visiter les innombrables îles tropicales, les Canarreos, les Jardines de la Reina qui parsèment la région, jusqu’à Cayo Largo et l’Isla de la Juventud.

À Cienfuegos, on célèbre le musicien chéri de la ville, Benny Moré ; sa statue se dresse sur le Prado, l’avenue centrale, et le dimanche matin un autre orchestre symphonique joue des œuvres classiques, comme les compositions de Strauss.

Continuant notre route, contournant la Bahía de Cochinos – la baie des Cochons – nous avons passé le site d’un désastreux débarquement de contre-révolutionnaires, entraînés puis rapidement abandonnés par les USA, et  puis nous avons remonté le temps en rendant une brève visite sur la Laguna del Tesoro – la lagune au trésor – à un groupe d’îlots sur lesquels un village de cases de paille entourées d’élégantes statues rend un hommage bien tardif aux Indiens Tainos, les premiers habitants de Cuba.

À La Havane, sur les traces de “Papa” Hemingway

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Antoine et la statue de Hemingway au Floridita

À La Havane, notre belle vénérable Mercury paraissait terne à côté des plus belles décapotables de la même époque, luxueusement rénovées, qui baladent les visiteurs au pied de sites légendaires comme la Place de la Révolution, surplombée par un immense portrait de Che Guevara. Non loin d’ici, les chauffeurs ne manquent pas de montrer aux touristes la place où se produisirent il y a quelques années… les Rolling Stones, pour le premier concert de rock de l’histoire cubaine. Sur le Malecón, le vaste boulevard du bord de mer, souvent agressé par les vagues levées par les northers, les coups de vent du nord, se dresse l’Hotel Nacional, où un petit musée rappelle l’instant où le monde frôla l’holocauste nucléaire, lors de l’affaire des missiles que l’URSS avait tenté d’implanter à Cuba, provoquant la colère de John Fitzgerald Kennedy.

La maison de Hemingway, la Finca Vigia © iles@me.com

Plus loin s’étend la merveille des merveilles, la Habana Vieja – vieille Havane – depuis quelques années en pleine transformation. Le succès des casas particulares est tel que, façade après façade, rue après rue, la ville, repeinte, semble rajeunir : il faudrait pouvoir réaliser une vidéo en timelapse pour percevoir cette transformation. Des hôtels aussi sont rénovés, historiques, comme l’Ambos Mundos où s’était installé Hemingway, à deux pas de la superbe cathédrale et des deux bars où il aimait se désaltérer : la Bodeguita del Medio où il dégustait ses mojitos, et au bout de la calle Obispo, la rue de l’Evêque, le Floridita où il commandait, dit-on, ses daïquiris par seaux. Les Cubains ont véritablement de la ressource : dans la calle Obispo, quand tombe le soir, des dizaines de paladares attirent les clients dans les étages des immeubles ancestraux, et les escaliers étroits qui y mènent sont transformés en quelques heures, en autant de minuscules boutiques de souvenirs.

Viñales : baie de Ha Long terrestre et feuilles de tabac

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La vallée de Viñales

Pour se remettre de quelques journées (et quelques nuits !) de fête à La Havane, rien de tel que de reprendre la route dans notre vieille américaine. Notre destination, dernier point de notre road movie au travers de Cuba, sera l’une des nombreuses merveilles naturelles de l’île, la plus belle peut-être, les mogotes de Viñales. Fermez les yeux, imaginez un océan désert où des millions de minuscules polypes coralliens s’affairent, au fil des millénaires, à créer dans les zones peu profondes, des amas des squelettes entrelacés, des milliers de polypes morts, élevant des monticules à la même vitesse à laquelle le niveau de la mer monte. Et puis, quelques millions d’années plus tard, la mer redescend, laissant apparaître ces étranges élévations calcaires, encore entourées d’eau, comme dans la baie de Ha Long ou autour de Phuket, ou, bientôt, en pleine terre comme à Guilin en Chine. Ces monticules hauts de plusieurs centaines de mètres, ce sont les mogotes qui se dressent autour du petit village accueillant et joyeux de Viñales ; roches karstiques creusées par l’érosion, ils renferment de vastes grottes où se réfugiaient jadis les Indiens puis les révolutionnaires, et que l’on visite aujourd’hui confortablement en bateau à moteur.

Et tout autour de ces étranges promontoires, dont l’un a été orné d’une immense peinture aux tons criards, le Mural de la Prehistoria, la terre fertile permet la culture intensive de la richesse numéro un de Cuba, le tabac. Un jeune cultivateur nous explique : “Pour avoir le droit de cultiver notre parcelle de terre, nous devons vendre les neuf dixièmes de notre récolte au gouvernement, à un prix dérisoire, assorti au salaire officiel cubain, fixé depuis des décennies à quinze euros par mois. Avec nos dix pour cent (pour lesquels, vous le comprendrez, nous choisissons les plus belles feuilles), nous réalisons nous-même des cigares artisanaux que nous vendons aux touristes.” Puis il nous montre comment sont choisies les feuilles, comment il faut ôter de chaque feuille la nervure centrale qui contient la plus grande partie de la nicotine de la plante, et comment les plus belles feuilles sont réservées pour la capa, l’enveloppe externe.

Autour des bohios, ces cases traditionnelles couvertes de palmes, dans lesquelles sèchent les feuilles de tabac, passent, nonchalants, de petits chevaux qui emmènent les touristes visiter les vallées environnantes et leurs grottes spectaculaires. Si comme ce fut le cas pour nous lors de ce voyage, vous avez la chance de quitter Viñales au petit matin, alors que de mystérieuses écharpes de brume s’enroulent autour des mogotes, vous vous remémorerez peut-être la scène mythique du film I492, dans laquelle la première île du nouveau monde apparaissait aux yeux des marins de Colomb, il y a plus de cinq siècles : Cuba ? Cinq cents ans d’une histoire tumultueuse, cinquante ans de solitude, et depuis dix ans, un lent retour vers la prospérité et l’ouverture… Vous savez quoi ? C’est le moment d’aller visiter Cuba.

Antoine 

HAVANATOUR : LE SPECIALISTE DE CUBA
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Cuba

Le carnet d’adresses d’Antoine

Air Caraïbes propose plusieurs vols par semaine pour La Havane et une fois par semaine pour Santiago de Cuba, ce qui permet de traverser toute l’île dans un seul sens.

Casas particulares : certaines, en particulier à La Havane, sont accessibles via des plateformes comme Airbnb, mais avec la rareté des lignes téléphoniques et des connexions Internet, il vaut mieux s’adresser à une agence spécialisée comme, à Paris, Roots Travel qui a également fourni voiture et chauffeur pour notre périple.

Sur les traces d’Hemingway : incontournables, l’hôtel Ambos Mundos, la Bodeguita del Medio (je recommande la petite salle tranquille de l’étage), le Floridita où Hemingway buvait ses daïquiris et surtout sa maison sur une colline, la Finca Vigia ainsi que le restaurant La Terrazza de Cojímar, où il ancrait son bateau, le Pilar.

Le gouvernement cubain ayant privilégié la santé et surtout la culture, on trouve dans chaque ville de nombreux musées ; mais les villes toutes entières ayant à ce jour échappé au développement et l’uniformisation de la plupart des pays du monde, constituent elles-mêmes de véritables musées.

En novembre 2017, le gouvernement US a annoncé un durcissement des critères permettant aux citoyens américains d’aller à Cuba, mais semble vouloir favoriser justement l’accueil par les particuliers, par rapport à la grande hôtellerie, souvent aux mains d’agences gouvernementales révolutionnaires.

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