Faïencerie de Gien : Près de 200 ans d’excellence à la française

Gien
Collection Pivoines

Reprise en 2014 par un Breton, Yves de Talhouët, l’entreprise 100 % française labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant continue d’aller de l’avant, perdurant son magnifique savoir-faire bicentenaire et son “bleu” de Gien très recherché.

“Il faut une bonne année pour savoir tenir son pinceau sans trembler”

Ce vase de faïence fine délicatement peint à la main de fleurs bleues, ou encore ce service orné fleurs polychromes si caractéristiques… Ne cherchez plus. C’est du Gien à coup sûr ! Des pièces issues de la collection Prestige Pivoines, la plus emblématique de la fameuse Faïencerie, si célèbre que son nom se confond et s’associe à la ville qui l’héberge depuis la nuit des temps. Entre tradition et modernité, la Faïencerie de Gien s’enrichit sans cesse de nouveaux décors depuis bientôt deux cents ans. Tout est fait sur place, du nettoyage des matières premières (sable, argile, kaolin) à l’expédition du produit fini, en passant par la fabrication des moules en plâtre, la réalisation du “biscuit”, des couleurs, des émaux…. Chaque pièce passe entre les mains d’une trentaine de maîtres-faïenciers qui travaillent la pâte, moulent, façonnent, épongent, émaillent, cuisent, brossent, décorent… “Toutes les étapes de la fabrication de nos faïences sont délicates”, prévient Lamia Oumerzouk, responsable du Musée de la Faïencerie de Gien.

Un long travail digne de la dextérité d’un orfèvre

La main applique une tranche de pâte de faïence sur le mou en plâtre d’une assiette afin de préparer le moulage.

Mais s’il est un poste à part, exigeant un savoir-faire minutieux issu d’un long apprentissage, c’est bien celui de l’artiste chargé de peindre à la main la faïencerie d’art des collections Prestige. “Il faut une bonne année pour savoir tenir son pinceau sans trembler” insiste Lamia. Et trois années d’expérience minimum pour maîtriser les techniques de la peinture à la main et les différentes tailles de pinceaux nécessaires. “Depuis le XIXe siècle, nous utilisons les mêmes techniques de moulage pour la plâtrerie (assiettes ou plats de forme ronde) et de coulage pour toutes les autres formes des éléments (anses, becs de théières, boutons de couvercles) coulés à part, séchés puis fixés à l’aide d’une barbotine (pâte liquide). De même, les techniques d’impression et de peinture en ce qui concerne les pièces de prestige peintes à la main (services de table et objets décoratifs) n’ont pas changé depuis. Le décor est gravé sur une plaque de cuivre carrée ou rectangulaire qui est ensuite nappée d’une pâte de couleur très épaisse. L’opératrice enduit d’eau savonneuse une feuille de papier de soie qu’elle pose sur la plaque de cuivre avant de la passer sous presse. Le transfert du dessin s’étant effectué sur la feuille soyeuse, celle-ci est alors détachée de la plaque. À la manière d’une grande couturière, l’opératrice découpe le ou les motifs dont elle a besoin dans la feuille et les pose manuellement sur le biscuit. Les contours du motif étant imprimés sur la pièce, vient l’étape cruciale de la peinture, à l’intérieur du décor.

Fondée par un Britannique, Thomas Hall

© Romain Beaumont

“Dans les années 1850, les faïenciers se nourrissaient de ce qui avait été fait dans d’autres manufactures et l’adaptaient à leurs contraintes de cuisson. Les pièces décoratives (vases, cache-pots, flambeaux, lampes à pétrole…) et services de table à thèmes de Gien s’inspiraient des centres faïenciers de Rouen, Delft, Saxe, la Renaissance italienne, Marseille, l’Empire ottoman, l’Antiquité…” Les assiettes à thème servaient de vecteur d’information. En effet, les gens les plus modestes qui ne savaient pas lire pouvaient interpréter une image. Chacune des assiettes à thème racontait une histoire sur Jeanne d’Arc, la nature, les expositions universelles… “Des décors trouvaient leur source dans des périodiques auxquels la Manufacture de Gien était abonnée (revues de mode, de spectacles, ouvrages religieux…). Ou grâce aux colporteurs parcourant la France. Ils ramenaient des faïences de manufactures ou d’épiceries de villages qui à l’époque, vendaient également de la vaisselle. Au-delà de ces inspirations, la manufacture dans la fleur de l’âge, fait appel à des artistes chargés d’imaginer des décors, de nouvelles formes. D’autant qu’elle maîtrise totalement les techniques de la faïence depuis 1830. Car tout ne s’est pas fait en un jour, rappelle Lamia. “Thomas Hall le fondateur, était issu d’une famille de faïenciers britanniques installés en Seine-et-Marne. Quand il a voulu créer sa propre affaire, il a dû respecter une certaine distance”. En 1821 à Gien, il repère un ancien couvent au bord de la Loire. Un lieu stratégique puisque le fleuve permet de charrier les matières premières, le bois des forêts d’Orléans ou de la Puisaye servant à chauffer les fours de cuisson… “La production n’a démarré que fin 1822 – début 1823, le temps que Thomas Hall rassemble les actes notariés nécessaires à la validation de son projet, crée l’outil de production et s’entoure de professionnels de la faïence qu’il a d’abord fait venir de Sarreguemines, de Belgique, d’Angleterre…”

Collection Filet Manganèse, filet peint à la main sur assiette de forme coquille.

De Paco Rabanne à Olivier Gagnère

Dès 1855, la renommée de la Manufacture de Gien outrepasse nos frontières grâce à sa participation aux expositions universelles. Elle y démontre son savoir-faire artistique et technique, présente des pièces monumentales, exceptionnelles, les plus extraordinaires possible. La production ne cesse de croître, Gien monte en gamme et réalise des services personnalisés aux armes des grandes familles d’Europe. Puis vient le temps de la diversification. En 1906, Gien récupère 30 % de la fabrication des carreaux qui orneront le métro parisien jusqu’aux années 35-40. Dans les années 70, elle participe à de grands projets architecturaux et sa faïence va bon train dans les cuisines et salles de bains (boîtes à savons, lavabos, tout le nécessaire à l’hygiène du corps).

Il est alors temps de se recentrer sur la création de pièces décoratives et des arts de la table avant d’attaquer les années 80 avec des pièces peintes à la main numérotées cette fois, en éditions limitées. “Chacune de ces pièces est unique et porte les initiales de la personne qui l’a peinte”. Gien s’entoure d’artistes célèbres aux sensibilités différentes tels que Paco Rabanne, Andrée Putman, Garouste et Bonetti… Des stylistes, designers, aquarellistes et des architectes à qui l’on demande d’imaginer des formes nouvelles et originales, comme ce service de table très contemporain, nommé Angle, aux assiettes triangulaires noires et blanches de l’architecte Jean-Pierre Caillères. “Mais au XIXe siècle déjà, Gien proposait des formes originales avec ses assiettes octogonales” ne manque de rappeler Lamia. Et pour ne citer que les plus célèbres, ajoutons Jean-Michel Wilmotte, Patrick Jouin et plus récemment Olivier Gagnère, au nombre des artistes ayant collaboré avec la Faïencerie de Gien.

Recherchée par les amateurs de pièces uniques

La belle faïence fine et française du Val de Loire continue de séduire. Tant les pays à forte tradition porcelainière et faïencière (France, Allemagne, Belgique) que les Japonais, Américains, Chinois… aimant le luxe et l’art de vivre à la française. La Faïencerie de Gien dispose en permanence de cinq collections Prestige (pièces peintes à la main). Elles sont recherchées par l’amateur de la pièce unique, de celle qui manque à son service ; fort prisées du collectionneur qui s’offre un service de table personnalisé orné de son blason, son château, ses armoiries comme c’était le cas en 1865 ou encore une version rééditée, réactualisée. À l’instar de la collection Pivoines créée en 1875 évoquant le Japon (la réédition d’une pièce coûte de 300 € à 3 000 € selon la taille) ou de Rambouillet, une commande passée par René Coty en 1955 sur le thème de la chasse, pour habiller la table de la résidence présidentielle de Rambouillet.

Pour admirer les œuvres de cette belle maison française qui a traversé les siècles, rendez-vous au Musée de la Faïencerie de Gien. Vous y observerez entre autres, une pièce haute de trois mètres, présentée à l’Exposition universelle de 1889.

Valérie Faust

Musée de la Faïencerie de Gien
78 place de la Victoire 45500 Gien
Tél. 02 38 05 21 05
www.gien.com

 

 

 

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