Gérard Titus-Carmel à voir à Pau et à Paris

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Peintre, dessinateur et graveur, Gérard Titus-Carmel a participé à plus de 500 expositions collectives, tant en France qu’à l’étranger, et près de 300 expositions personnelles dont une douzaine de rétrospectives. C’est donc un artiste accompli que nous présente depuis le 15 novembre à Paris, la galerie Univer.

Feuillée - Dessin n°6, 2000Exposée récemment au musée de Vence dans les Alpes-Maritimes et au Domaine Perdu de Meyrals en Périgord, l’œuvre de Gérard Titus-Carmel a été l’objet d’un colloque international en novembre dernier initié par l’université de Pau et des pays de l’Adour. Trois jours durant lesquels pas moins de dix-huit intervenants venus de toutes parts (Canada et Europe) ont planché sur l’œuvre littéraire et picturale de cet artiste français unique en son genre. Unique par la richesse de son écriture qui, entre poésie et essai, se découvre aujourd’hui en une cinquantaine d’ouvrages ; singulier par son œuvre picturale qui entre peinture, dessin et gravure, témoigne au-delà du talent, d’un regard en profondeur sur la peinture de ces cinquante dernières années.

Présenté à Pau à la Maison Baylaucq (Château de Pau) jusqu’au 10 février, également à la Commanderie de Lacommande où le public peut entre autres, admirer son Grand Nielle de trois mètres sur dix, le travail de l’artiste est enfin présent depuis le 15 novembre sur les cimaises d’une galerie parisienne – la galerie Univer – installée cité de l’Ameublement. Au programme de cet accrochage, deux séries – Ramures et Retombes – réunies sous le titre générique d’“Orées”, un mot choisi au pluriel pour signifier que les entrées sont multiples.

Brisées - Peinture XIV (ph Michel Minetto)
Brisées – Peinture XIV © Michel Minetto

Tout Gérard Titus-Carmel se dévoile dans ce “s” inusité qui nous renvoie à la complexité (comme on le dirait d’un grand cru) de cet artiste majeur, élève de l’école Boulle entré dans l’art par le dessin, genre où il excelle et qu’il va explorer avec frénésie. Un genre difficile aussi, puisqu’il lui faudra attendre d’avoir vingt-huit ans pour vendre en une seule journée ses trois premiers dessins. Après cinq années de totale bohême, cette vente réalisée grâce à l’entregent de son ami, le peintre Antonio Seguí, sonna comme une libération. “Quand je suis sorti de la galerie avec l’argent de la vente, se souvient-il aujourd’hui avec humour, il y avait dans la rue Alexandre le Grand, Napoléon, Catherine de Russie et moi” ! La suite de sa carrière est connue.

Des séries à l’architecture identifiable

GTC Suite Grünewald (photo André Morain) 056
GTC Suite Grünewald © André Morain

Après le dessin, vint l’heure de la peinture, de la gravure et des séries qui sont la signature de cet artiste qui n’aborde pas ses “sujets” avec désinvolture. C’est le moins que l’on puisse dire. Lorsqu’il retient un thème auquel il trouve un titre, Titus-Carmel choisit de s’y confronter sur la durée – une année le plus souvent – et l’explore jusqu’à l’usure voire l’épuisement. Pour comprendre sa démarche, il suffit de regarder les 159 pièces que constituent sa série Suite Grünewald présentée en 2009 au collège des Bernardins à Paris. La toile est prolixe sur ce sujet et les vidéos qui circulent sont d’une rare pédagogie.

Figure du Double n°3 (ph M Minetto)
Figure du Double n°3 © M Minetto

Stylisée, généreuse, élégante, luxuriante souvent, colorée parfois, dansante, sauvage, rythmée, assemblée, recomposée, déstructurée ou restructurée, chacune de ses séries témoigne d’une architecture identifiable, d’un style fort et finalement d’une écriture qui fait la signature de cet artiste rigoureux pour qui le nombre, l’ordonnancement, l’ordre, la méthode et le travail sont des valeurs majeures. Le recommencement aussi comme le montrent ses étonnantes Retombes, toiles reprises à l’aide de papiers collés, eux-mêmes extraits d’un dessin ou d’une peinture qui, plus que des rapiècements ou des corrections, nous montrent que l’œuvre dans le temps est continuité, questionnements, doutes, renoncements et finalement cohérence. Toujours en quête du point d’équilibre, fragile mais sûr de lui, d’où il émane une forme de grâce.Jungle VI

Et c’est ce qui fait tout l’intérêt de l’œuvre de Gérard Titus-Carmel qui reconnaît éprouver parfois du remord à “casser” une série en acceptant la vente d’une toile qui en est issue. C’est sans doute ce qui explique pour partie sa passion pour la gravure et les multiples, plus accessibles et plus simples à disséminer dans la nature. Avec une particularité propre à cet artiste puisque chacune de ses gravures s’intègre elle aussi dans une série puisée à la source de la série “mère”, autrement dit la série peinte.

Bruno Lecoq

EXPOSITIONS

Gérard Titus-Carmel : Orées – Jusqu’au 19 janvier 2019
Galerie Univer / Colette Colla
6 Cité de l’Ameublement 75011 Paris
Tél. 01 43 67 00 67

Gérard Titus-Carmel : Pictura / Poesis – Jusqu’au 10 février 2019
Maison Baylaucq / Château de Pau et à la Commanderie de Lacommande.

 

Note biographique

Né à Paris le 10 octobre 1942, Gérard Titus-Carmel vit et travaille à Oulchy-le-Château (Aisne). Il fait ses études à l’école Boulle à Paris de 1958 à 1962 dans l’atelier de gravure et d’orfèvrerie et depuis lors, se consacre exclusivement au dessin, à la peinture, à la gravure et à l’écriture.

Portrait titus carmelDès le début des années 1970 se développent de nombreuses suites de dessins et de peintures, jusqu’aux séries les plus récentes sur l’espace du paysage, sur la touffeur des frondaisons, les superpositions et l’organisation de l’ombre et de la lumière, comme dans la série des Forêts (1995-1996) qui, après les Dédicaces (1991-1992) et les Égéennes (1993-1994), s’ouvre comme une clairière durant la réalisation de la Suite Grünewald (1994-1996), où il approfondit sa réflexion sur la transparence et la “remontée” de la couleur. Succèdent alors les Nielles (1996-1998) et les Sables (1998-1999) où est privilégiée la trace du noir, puis les Quartiers d’Hiver (1999), les Feuillées (2000-2003), les Jungles (2004), l’Herbier du Seul (2005), blasons de la Nature et du Jardin qui, avec les Vanités et les Memento mori, cherchent à situer une présence dans le désordre naturel du monde.

Vient ensuite La Bibliothèque d’Urcée (2006-2009), long cycle de peintures et d’œuvres sur papier marouflé qui se déploie en dix “départements” de dix œuvres chacun, marquant justement dans l’alignement des gestes comme dans l’occupation de l’espace, une volonté de donner du dessin – voire une écriture (et peut-être même une musique ?) – à ce désordre.

Ce travail de saturation de la surface a débouché sur une série où la couleur s’engorge d’elle-même et rutile : les lumineuses Brisées, (2009-2012) scandant les étapes d’une imaginaire route de la soie, suivies des Figures du Double (2012), des Viornes & Lichens (2013-2014), des Ramures (2016), des Labyrinthes (2016) et des Retombes (2017). Une nouvelle série est actuellement au centre de son travail : les Herses.

Indépendamment d’une somme très importante de commentaires et d’exégèses que son travail a suscitée chez les critiques et les historiens de l’art, bon nombre d’écrivains, de philosophes et de poètes se sont aussi penchés sur son oeuvre de peintre : d’Aragon à Jacques Derrida, d’Alain Robbe-Grillet à Georges Duby, de Tadeusz Kantor à Yves Bonnefoy ou de Denis Roche à Abdelkébir Khatibi, quelques grands textes ont été écrits sur une œuvre qui ne laisse pas de questionner la représentation, le statut du modèle et sa mise en procès.

Il a accompagné d’illustrations originales de nombreux ouvrages de poètes anciens et contemporains et, lui-même auteur, a publié à ce jour une cinquantaine de livres, recueils de poésie et essais sur l’art et la littérature.

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