L’abstraction gourmande selon Louis Cane

Louis Cane. Peinture vraiment abstraite. 2015. Résine sur grillage 143x143xm
Louis Cane dans son atelier

Figure historique du mouvement Supports/Surfaces, l’artiste expose jusqu’au 3 février 2018 à la galerie Ceysson & Bénétière à Paris, quelques grandes toiles abstraites inédites qui renouvellent l’abstraction.

Artiste atypique, libre et formidablement doué, Louis Cane est de retour à Paris après quelques expositions muséales (Nîmes, Nice, Paris) où sa participation au mouvement Supports/Surfaces a une fois de plus été soulignée. Mais de l’eau a coulé sous les ponts depuis cette révolution artistique qui a vu dès la fin des années soixante, quelques avant-gardistes se libérer du cadre imposé… précisément par le cadre et la toile. Depuis près de 50 ans, Louis Cane a tracé sa route en solitaire érudit et habité par son art. Son œuvre le démontre de façon magistrale, l’artiste n’a rien perdu de sa verve contestataire et durant près d’un demi-siècle, il a résisté au dictat du marché qui aurait tant aimé le cadrer, “le faire entrer dans une case”. Il le dit lui-même avec amusement : “La muséographie et les marchands aiment avoir un produit stable… Avec moi, ça n’a pas été facile. Je suis allé un peu tous azimuts ; une démarche qui commence seulement à être mieux comprise.

Une écriture lumineuse

Et c’est vrai que l’artiste a bousculé les codes entre peintures figuratives, confrontations avec les grands classiques, toiles abstraites, sculptures, objets décoratifs… Jusqu’aux meubles que Louis Cane continue de produire pour quelques collectionneurs internationaux. Vue en surface, son œuvre semble difficile à marketer. Il faut bien écrire “vu de loin”. Car lorsque l’on prend la peine de s’intéresser à l’artiste, tout ce travail est bien entendu relié par un fil que même un béotien fini par découvrir. Il y a le geste, entre élégance, puissance et légèreté, un style, une générosité et finalement une écriture lumineuse, joyeuse – même dans les œuvres les plus violentes – qui fait qu’une œuvre de Louis Cane est parfaitement identifiable. Et puis il y a autre chose dont on ne parle jamais : l’apport de l’artiste à l’art contemporain. Et ce n’est pas rien.

Un apport formel à l’art contemporain

Ne parlons même pas des toiles Sol/Mur désormais consacrées par les musées du monde entier, elles datent de la fin des années soixante. Il y a dans l’œuvre de Louis Cane différentes séries qui constituent désormais une galaxie audacieuse et cohérente. L’artiste qui n’a pas hésité à se réapproprier l’histoire de l’art au-delà du commentaire béat et du plagiat (Picasso mais aussi Manet à travers des polyptyques), fut aussi novateur en présentant une réécriture de scènes aussi célèbres que la Nativité. Et puis il y a ce formidable apport à l’abstraction que constituent les résines sur lesquelles il travaille depuis le début des années 2000. “Avec les résines, nous dit Louis Cane, j’ai voulu introduire dans l’art abstrait les sensations qui lui font défaut. Quand vous regardez un sucre d’orge chez un épicier, poursuit-il, vous avez le goût du sucre d’orge qui vous arrive à la bouche : j’ai donc cherché à retranscrire cette émotion visuelle qui devient gustative.” Translucides, mystérieuses, vibrantes, acidulées et heureuses, ces toiles qui sont en fait des assemblages de plaques de résines montées sur grillage, remplissent merveilleusement leur mission.

Bruno Lecoq

Galerie Ceysson & Bénétière
23 rue du Renard 75004 Paris
Tél. 01 42 77 08 22
Pour découvrir l’artiste : www.louis-cane.com

Une œuvre multiple

Né en 1943 à Beaulieu-sur-Mer, Louis Cane débute ses études à l’école nationale des Arts Décoratifs de Nice avant de rejoindre Paris et de participer à l’aventure Supports/Surfaces. Malgré les remises en cause incessantes faites au tableau de chevalet, Louis Cane a bien conscience de ce qu’il doit à la peinture et à son histoire. Dès le milieu des années 70, ce médium réapparaît dans sa pratique, et avec lui ses sujets archétypaux et ses figures emblématiques (Le Greco, Vélasquez, Delacroix, Monet, Van Gogh, Manet, Picasso, Bacon…). Ce dialogue pictural se combine à des réflexions sur la couleur et le support. En marge des conventions, Louis Cane allie prises de risque et plaisir à peindre. Sa peinture est une peinture multiple, évolutive et variée. Il faut distinguer plusieurs peintures : les toiles tamponnées, les Sol/Mur, les toiles avec les arches, le travail sur les grands maîtres et les grands chefs-d’œuvre, les peintures d’inspiration biblique, Carnifex, les nus de femmes et les peintures sur motifs, les toiles sur grillages et les châssis plumes.

 

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