Le Grand Monarque : un relais qui fait diligence

Facade Grand Monarque

La France compte encore un certain nombre de maisons chargées d’histoire ayant traversé le temps sans jamais changer d’enseigne. Capitale de la Beauce, porte du grand ouest, Chartres abrite l’une d’entre elles. Fondé en 1779 par un certain François Villiers, maître de la poste aux chevaux, Le Grand Monarque n’a pas changé de nom.

Grand Monarque chambreDeux cent quarante ans plus tard, à l’emplacement exact de son édification, l’ancien relais de diligence maintient fièrement ses murs sur cette place des Épars où roulèrent les carrosses et défilèrent les gloires. C’est au sacre d’Henri IV, le 27 février 1594, que l’hôtel doit sa raison sociale. Ne pouvant entrer dans Reims, tenue pas les ligueurs, le Béarnais opta pour Chartres, haut lieu de la chrétienté gallicane. À une portée d’arbalète de la cathédrale dont les hautes flèches veillent sur elle comme deux vestales, la flamme de ce Grand Monarque ne s’éteint jamais ou renaît, d’une famille l’autre, à chaque génération. Emblème de la belle hôtellerie française de tradition, cette demeure au charme imposant a connu près d’un siècle durant le règne des Lamothe, puis celui des Drouet, avant de saluer celui des Jallerat. Ayant repris les rênes à son père Georges en 1999, Bertrand Jallerat a transformé le grand hôtel bourgeois du XIXe siècle en palace provincial du troisième millénaire.

Une certaine dose de talent

Nathalie et Bertrand Jallerat
Nathalie et Bertrand Jallerat

Une métamorphose exemplaire menée de mains agiles par un couple débordant de verve. Si l’on peut regretter la patine surannée d’une époque où le voyageur faisait halte avant de poursuivre sa route vers la Loire ou la Bretagne, la nouvelle peau de cette institution ne manque ni de classe, ni d’audace. Il faut en effet une certaine dose de talent, et pas mal de métier, pour insuffler à un hôtel de ville des relents d’auberge de campagne, tout en associant la ferveur urbaine à la douceur rurale. L’ambiance y est si tendre qu’au bout de quelques instants on ne sait plus lequel est l’autre. Du salon d’accueil au bar cosy et feutré, en passant par la brasserie, le gastro ou la terrasse, chaque espace est ici mis à profit pour enrober le voyageur d’un bien-être bichonné. Voici le témoignage flagrant de ce qu’un hôtel peut encore susciter comme émotion quand la dimension humaine préside à sa destinée, en comparaison de ces monstrueux bunkers friqués où l’excès de bling-bling n’apporte aucun supplément d’âme.

La halte du bonheur

Le Grand Monarque bassin
Le spa dernier-cri avec son bassin bio-tonic

Digne fils de ses parents qui firent de cette mission d’art de vivre un monument d’aisance, formé à l’école du professionnalisme le plus rigoureux et de la maîtrise de soi, celle de Lausanne, Bertrand Jallerat ne laisse rien passer et pense à tout. C’est ici que l’on fera la différence entre en directeur salarié et un patron qui reçoit comme chez lui sans jamais trop en faire. Un exercice de style que l’on retrouve dans toutes les prestations, depuis les chambres décorées avec un cachet affirmé et mesuré, chaleureux dans l’élégance, classique dans le distingué, au goût de Nathalie Jallerat, la maîtresse de maison qui insuffle de l’énergie dans la bâtisse et ne laisse jamais une idée en chemin, jusqu’au spa dernier cri où la remise en forme et les soins s’effectuent dans un cadre assez magique.

Le restaurant Georges

Quant aux deux restaurants, alimentés par la vigueur du chef Nicolas Mendès, eux aussi ouverts à tous les appétits, ils redonnent tous leurs sens aux bonnes étapes de la cuisine française. Après avoir échangé moult verres de sancerre et autant de vouvray tirés d’une cave qui ne se rebiffe jamais, urbains vifs et ruraux calmes quittent les molletons du salon pour naviguer en joie vers les salles à manger. Les vieux clopins gagneront celle du Georges, genre guindé cossu pour délires sous la cloche, et sa cuisine de cour, côté bar de ligne et côte de veau, tandis que les jeunes clopants prendront place dans La Cour, pour y goûter, côté canaille, en douce ou sur le pouce, les produits de la saison et du marché.

Le Grand Monarque
La brasserie La Cour

Deux expressions de table comme on aimerait bien en trouver davantage au pays du gras sain et du vin juste. La halte du bonheur simple et du temps retrouvé, tel que Péguy le proclamait de sa plume par-dessus les blés. Un relais qui, somme toute, fait encore diligence.

Périco Legasse

Hôtel du Grand Monarque
22 place des Éparts 28000 Chartres
Tél. 02 37 18 15 15
www.bw-grand-monarque.com

Chambres Confort à partir de 125 € ; Luxe à partir de 144 € ; Prestige à partir de 167 € et Suite à 207 €.
Restaurant gastronomique Le Georges : Menus à 56, 78 et 98 €. Carte 120 €.
Brasserie La Cour : formule déjeuner à 28 et 33 €, carte 40/60 €.

 

 

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