Valérie Pécresse : Welcome to Paris Region

Welcome to Paris Region

Valérie Pécresse

Quelques mois à peine après son élection à la tête de l’Île-de-France, Valérie Pécresse travaille chaque jour sur le terrain pour faire de cette région, la plus grande métropole d’Europe. Femme d’action à l’intelligence aiguisée, la VRP de la première destination mondiale touristique livre ses recettes pour faire gagner l’Île-de-France. Rencontre.

Gildas Lecoq – Plus de six mois après votre élection, comment allez-vous Madame la Présidente et surtout comment se porte la région Île-de-France ?

Valérie Pécresse – Je suis au travail et ma tâche est exaltante. Comme je m’y étais engagée pendant la campagne électorale, j’ai démissionné de mon mandat de députée. Je suis Présidente de Région à plein temps. Elle le mérite car il y a tant à faire ! La Région Île-de-France est dans une situation paradoxale : bien que prospère, elle concentre des inégalités que je suis résolue à réduire. Notre région est pleine d’atouts : elle bénéficie d’une situation géographique centrale, elle représente un tiers des richesses produites en France et rassemble un quart de notre force de recherche. Je veux en faire la première métropole d’Europe, qui attire encore plus d’investisseurs, d’entrepreneurs et de chercheurs afin de créer de l’emploi.

L’Île-de-France est la première destination touristique mondiale. Qu’est-ce qui en fait son charme ?

Avec 32 millions de touristes, l’Île-de-France est la première destination touristique mondiale, avec un patrimoine considérable de sites divers à découvrir : la Tour Eiffel, le Louvre, Disneyland Paris pour ne citer que les plus connus… Mais l’Île-de-France, c’est aussi un savoir-faire culinaire reconnu et envié à travers le monde, un art de vivre à la française et un passé historique très riche. La filière tourisme en Île-de-France ne génère pas moins de 500 000 emplois !

Quel impact ont eu les terribles attentats et les inondations qui ont touchés la France et l’Île-de-France en particulier ? Le secteur du tourisme vit l’une des crises les plus importantes qu’il ait connue depuis 10 ans, quelles solutions doit-on, d’après vous, mettre en place pour endiguer cette baisse ?

Notre position de première destination touristique mondiale est aujourd’hui fragilisée. La France a été fortement impactée par les attentats de 2015 et par la menace terroriste. De fait, on constate sur les derniers mois une baisse sensible des touristes étrangers (-11 %) dans notre région. Cette baisse s’élève même à 56 % sur les trois premiers mois de 2016 pour les touristes japonais, à 26 % pour les touristes australiens et à 13 % pour les touristes chinois ! Inévitablement, l’ensemble des acteurs du secteur, les cafés, hôtels et restaurants, le spectacle vivant et les établissements culturels, les parcs de loisirs (parcs d’attraction, excursionnistes) et le tourisme d’affaires (exposants) sont aussi touchés et font face depuis quelques mois à de grosses difficultés financières. À cette situation déjà difficile, se sont en effet ajoutées les inondations qui ont touché notre région et qui ont paralysé certaines entreprises, comme les entreprises de tourisme fluvial, par exemple dont l’activité s’est arrêtée totalement pendant plusieurs jours.

Que pouvez-vous faire face à cette crise sans précédent du secteur du tourisme dans la région Île-de-France ?

Il faut absolument convaincre les touristes étrangers et les tour-opérateurs qui sont très prescripteurs, de revenir ! C’est pourquoi je me suis rendue au Japon avec Anne Hidalgo pour promouvoir notre territoire et rassurer les touristes japonais ainsi que les autorités locales sur la sécurité de notre pays. Je ferai la même chose en Corée du Sud dans quelques jours. Il est très important de faire de la pédagogie autour de la notion d’état d’urgence, souvent mal comprise à l’étranger et qui fait peur aux touristes. Nous leur disons : « c’est plus de protection pour vous ». L’état d’urgence, ce n’est pas le couvre-feu. Nous avons aussi participé à la campagne #ParisWeLoveYou sur les réseaux sociaux. Celle-ci a réuni les 50 plus grosses entreprises du tourisme francilien (Paris Aéroports, Galeries Lafayette, Accor, SNCF…) pour faire revenir les touristes. Cette campagne a été financée par le biais d’un fonds d’urgence d’un million d’euros mis en place pour soutenir la filière tourisme et promouvoir notre région à l’international.

Vous aviez annoncé durant votre campagne que vous seriez la “VRP de la Région”, comment cela se concrétise ?

Être la VRP de la Région consiste à faire valoir auprès de mes interlocuteurs tous ses atouts lors des événements auxquels je participe, pour créer davantage de richesses et d’emplois. Ces atouts sont nombreux : infrastructures de transport et de recherche, qualité de la main d’œuvre, situation géographique privilégiée… Il s’agit aussi de promouvoir notre marque à ’international « Paris Region ». C’est ce que je ferai notamment en Corée du Sud, en emmenant avec moi plusieurs start-up franciliennes qui veulent pénétrer le marché coréen. À cette occasion, nous rencontrerons des décideurs locaux et nous échangerons notamment sur des problématiques liées au tourisme, à la coopération culturelle dans le cadre de l’Année France-Corée ou encore à la coopération dans le domaine universitaire et scientifique.

Encore plus récemment, le choix du Brexit par la Grande-Bretagne nous oblige à nous positionner très vite, car les entreprises qui veulent rester en Europe se posent la question de la localisation de leurs activités : Bruxelles, Francfort ou Paris. Nous nous tenons prêts à ce que la région Île-de-France devienne la terre d’accueil de tous ceux qui veulent rester en Europe. Nous leur disons Welcome to Paris Region si vous voulez rester dans l’Union Européenne.

Plus que de tourisme, vous avez toujours parlé d’attractivité et d’une région conquérante. Quels sont les domaines sur lesquels vous allez mettre l’accent pour atteindre vos objectifs ?

Effectivement, l’attractivité est cruciale. Elle passe en grande partie par des infrastructures de transport modernes. C’est le sens de la révolution des transports que je veux engager en Île-de-France. Cela passe par un plan de modernisation du matériel roulant, avec des trains neufs ou rénovés, confortables et connectés. Mais l’attractivité des territoires franciliens passe également par de meilleures dessertes des aéroports. C’est aujourd’hui un handicap pour notre région. Il est aberrant pour une ville-monde telle que Paris, que le RER B, complètement saturé, soit la seule ligne qui relie l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle à la capitale. Il est primordial de construire une ligne directe de Paris à l’aéroport Charles-de-Gaulle. C’est pourquoi nous soutenons le projet CDG-Express, essentiel pour l’attractivité de notre région et pour la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.

Dès votre élection, vous avez créé deux délégations spéciales en soutien à de grands événements. L’une en soutien à la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2024, l’autre à l’organisation de l’Exposition Universelle 2025. Courir deux lièvres à la fois n’est-il pas risqué ?

Nous soutenons en effet fortement ces deux projets, qui sont entièrement complémentaires. L’organisation de l’Exposition Universelle 2025 permettrait de contribuer à l’attractivité et au rayonnement international de notre pays et aurait des retombées importantes en termes économiques et d’emplois pour le territoire, notamment avec l’implantation en Île-de-France du Village global. En outre, les investissements les plus importants qui concernent les nouvelles infrastructures de transport, intéressent les deux projets, et devront être prêtes pour les Jeux Olympiques et Paralympiques. L’Île-de-France est prête à accueillir ces deux événements d’envergure mondiale. Financièrement parlant, Jean-Christophe Fromantin a pris l’engagement d’un financement très largement privé d’ExpoFrance 2025.

Considérées comme un des leviers de sortie de crise, les industries culturelles et créatives seront elles soutenues afin de continuer d’être un vecteur d’influence pour l’attractivité touristique de l’Île-de-France ?

La Région Île-de-France est le lieu incontournable de beaucoup de rendez-vous culturels… La culture fait partie de l’identité de notre région. Songez à la programmation d’un festival comme Rock en Seine qui se tient au Domaine national de Saint-Cloud à la fin du mois d’août : certaines têtes d’affiches attirent des festivaliers qui viennent d’autres régions françaises, voire d’autres pays. En hausse de 6,7 % par rapport à 2015, le budget Culture 2016 marque aussi la première étape de mon engagement d’augmenter de 20 %, sur la durée de la mandature, les crédits alloués à la culture et à ses acteurs. L’ensemble des acteurs du secteur culturel francilien bénéficiera désormais d’un fonds permettant d’investir dans la modernisation de leurs infrastructures (lieux de spectacle, patrimoine culturel, équipements des troupes et des orchestres…).

Vous avez proposé un projet innovant en annonçant vouloir présider la première « Smart Région » d’Europe. Qu’en est-il exactement ?

J’ai donné un coup d’accélérateur sur la politique régionale d’open-data afin que toutes les données régionales soient désormais systématiquement mises en ligne et accessibles aux Franciliens pour plus de transparence. Nous voulons atteindre 1 000 tiers lieux ou espaces de co-working d’ici 2021 dans toute la région afin de permettre aux Franciliens de travailler près de leur domicile et de désengorger les transports. La Smart Région doit également être au service des touristes avec des trains équipés en très haut débit et en wifi ainsi que 150 gares SNCF. La Smart Région, c’est aussi le Smart Navigo, c’est-à-dire un passe Navigo dématérialisé. Chaque usager aura ainsi accès à ses informations et pourra suspendre ou renouveler son forfait Navigo ou Imagine’R en ligne. Le passage au guichet ne sera plus nécessaire ! Puis, entre 2018 et 2020, nous lancerons le passe Navigo sur smartphone : les usagers pourront télécharger leur forfait déplacement sur leurs téléphones – équipés de la technologie NFC – grâce à l’application ViaNavigo. Ils pourront aussi valider leur titre de transport en utilisant directement leur smartphone. Pour les touristes, les avantages seront donc nombreux : nous allons ainsi expérimenter le paiement par carte bleue sans contact sur les lignes de bus reliant les aéroports. L’objectif est de supprimer à terme, les tickets de métro. Enfin, nous allons déployer le « porte-monnaie transport » pour les voyageurs occasionnels. Ils pourront charger une somme d’argent sur un passe Navigo anonyme et seront débités du montant du voyage à chaque validation de leur titre de transport.

… Avec forcément des conséquences en matière de tourisme d’affaires ?

Bien évidemment. Sur les 32 millions d’arrivées hôtelières en 2015, 17 millions se font en dehors de Paris intramuros. C’est notamment le cas du tourisme d’affaires par sa proximité avec les aéroports, la zone de Villepinte et Disneyland. Nous devons offrir à cette clientèle d’affaires une modernité exemplaire en matière de connectivité. Le déploiement du très haut débit dans la région leur permettra notamment de se connecter dans les gares et dans les trains.

Une chose est certaine, vous êtes une femme de passion et d’action, mais prenez-vous un peu de temps pour vous reposer ? Quelles sont les destinations que vous privilégiez ?

Ce sera au mois d’août. Les vacances pour moi sont sacrées, en famille et avec mes amis, je suis fidèle, nous nous ressourçons en Corrèze et à La Baule.

Quel serait, à vos yeux, le plus beau qualificatif qu’un voyageur pourrait coucher sur le papier d’un livre d’or pour parler de cette région Île-de-France ?

Accueillante. Nous devons développer nos qualités d’accueil et former nos professionnels.

Propos recueillis par Gildas Lecoq (Juin 2016)

 

Valérie Pécresse - Ile de France

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